HVW8, visual sound (Aout 2007)
Publié : décembre 8, 2008 Filed under: Arts | Tags: Dan Buller, DJ Kobal, Gene Pendon, Gene Starship, HVW8, Montréal, Political Minded, Ty G, Tyler Gibney Laisser un commentaire »Connus mondialement pour avoir célébrer le mariage de l’art visuel et du son, Gene Pendon, Dan Buller et Tyler Gibney forment HVW8. En 10 ans, ils ont tiré le portrait à la moitié des figures de Montréal et au moins repeint l’équivalent de la surface du boulevard St Laurent. Parce qu’il n’y a pas meilleure façon de ressentir l’asphalte, je me suis penchée sur LE collectif d’artistes urbains, incontournable à Montréal: HVW8
Ici, difficile de trouver un mur brut. En tout cas dans le Montréal qui vibre et respire et pas celui de l’architecture froide du business center. A croire que la Mairie fait des distributions de pinceaux à ceux qui trouveraient leur façade tristounette, tous les murs de la ville comptent une fresque, un flop, un tag, bref une griffe. Dans cet univers graphique et coloré, beaucoup d’artistes locaux ont tiré de leur don pour le coup de crayon, un petit business qui ne fonctionnent finalement qu’au printemps. Peu ont toutefois réussi à transformer ce job d’été en véritable métier. Dans la catégorie poids lourds de la peinture urbaine, les champions « HVW8 » (prononcé Heavyweight), invaincus depuis bientôt dix ans sont de ceux qui ont réussi à passer le cap.
Si on jouait aux raccourcis et étiquettes journalistiques, HVW8 serait classé dans la case “Post Graffiti”. « Graffiti » parce qu’ils empruntent à cette forme artistique une certaine idéologie du bitume et parce qu’au lieu de faire leurs armes sur les façades du métro et les murs de Montréal, ils ont d’abord aiguisé leurs pinceaux en digérant l’imagerie Pop, Soul-Funk, Hip-Pop et Manga. A priori un mix de styles qui n’a ni queue ni tête mais une fois sur toile, on distingue la parfaite expression artistique copyrightée: HVW8.

Ambassadeurs d’un autre style, le trio gagnant a construit son image de marque sur tous les supports que la ville et ses acteurs pouvaient lui offrir. « On a démarré le groupe à une époque où tout était source de créativité ici, il y avait une telle effervescence artistique et culturelle au niveau des médias, de la mode et des gens eux-mêmes… Jamais on aurait trouvé meilleure place pour créer HVW8. Aujourd’hui ce n’est plus la même ébullition mais on continue de faire connaître notre culture » explique Gene.
Et pour la leçon de culture, ils sont les types qui ont démocratisé un concept original copié par beaucoup aujourd’hui : le « Live Painting » ou comment « cartonner » une toile de trois mètres sur deux, alors qu’un DJ pousse le BPM dans une salle bondée de clubbers. Gene et Dan, les peintres du groupe, Tyler maniant mieux la souris que le pinceau, se prêtent assez souvent au jeu à Montréal et au delà des berges du St Laurent. Si vous êtes familier du Salon Daomé, de la Sala Rossa ou du Blizzart, vous avez sûrement croisé ces deux autistes au pinceau fin. On a bien dit « autistes » parce qu’une fois installé et prêts à dégainer, personne n’ose les déranger. Comme si un champ magnétique se créait autour d’eux, à la fois intriguant et repoussant. Les plus audacieux et souvent les plus imbibés d’alcool briseront la coque pour deux ou trois questions qu’on imagine sans intérêt à voir la tête des intéressés. Une partie de la salle se tiendra à carreaux, impatiente à l’idée de découvrir la toile au fur et à mesure de son avancée et les autres se contenteront de danser en marquant des arrêts, le temps d’aller chercher un verre pour leur “blonde”.
Du côté des peintres, une logistique assez minimaliste, 4 ou 5 pots de peinture à proximité, autant de pinceaux et souvent la photo de l’artiste à peindre calée entre le pouce et l’index gauche. Une sorte de Sketch-book de graffitis-artists. A voir la taille de la toile, deux ou trois heures devraient sembler nécessaires à plier le contrat. Et bien avec Gene, il s’agit de ne pas louper un épisode parce que le temps de boire une gorgée, un visage apparaît. Un aller-retour aux toilettes, on distingue l’artiste représenté. Un déhanché sur la piste de danse et la toile est au trois quart. Dextérité, efficacité, un œil irréprochable et Sun Ra, le plus freaky des jazzmen, est parmi nous ! Bon choix que de rendre hommage à un artiste à l’univers cosmique et futuriste comme Sun Ra quand on se fait appeler « Gene Starship ». Dix minutes de plus de finitions et on n’en parle plus.
On contemple, déchiffre et on oublie pas de féliciter l’artiste. C’est ça la magie du live et la force du groupe. En trois quart d’heure, on reçoit en pleine face un extrait du ressenti de l’artiste par rapport à une ambiance donnée et un concentré de toute sa démarche artistique. « Je crois qu’il sont les premiers artistes-peintres à avoir fait des ponts avec la musique live, c’est un peu leur univers quelque part…Ils ont commencé en reprenant des pochettes de disques » argumente Kobal, DJ producteur montréalais d’adoption, accessoirement amis de longue date de la trinité. Très influencée par toute la musique black, qu’elle soit Funk, Broken Beat ou simplement Soul. L’équipe se laisse souvent aller à illustrer cette musique qu’ils affectionnent. Entourés d’une communauté d’artistes pour qui ils ont souvent signé les artworks. HVW8 est devenu un label qualité, une sorte d’instance qui valide le bon goût et pas seulement à l’échelle de Montréal. De Kid Koala à Chali 2 Na en passant Ghislain Poirier et une tripotée de DJ’s internationaux comme Osunlade ou Bobitto Garcia…, ils n’hésitent pas à pousser les frontières de l’art, explorant toutes les propositions qui « permettent de faire évoluer notre champ artistique » précise Gene.
HVW8 « est un vecteur pour l’art et la culture » ne cesse de souligner Gene. D’où la démarche de rendre leurs œuvres accessibles à tous. Une proximité avec le public que nous confirme Kobal « Ils sont restés à l’écoute de la rue et du peuple. Tu les verras souvent s’impliquer pour la ville et ses festivités …ils ont toujours gardé la tête froide et sont restés abordables malgré leur succès dans le monde »
Le succès, ils le doivent plus à leur talent qu’à leur sens commercial. HVW8, c’est donc le laboratoire artistique qui amène la peinture urbaine et la street-culture montréalaise sur des pôles inexplorés jusqu’alors. Deux peintres, un graphic-designer et des concepts pleins la tête. De Montréal à Los Angeles, le trio continue d’honorer des contrats de grandes marques gérant leur direction artistique, customisant leurs produits ou habillants concept-stores et autres lieux éphémères pour des opérations évènementielles. Leur signature visuelle et graphique fait le tour du monde, ornent les murs des galeries et remplit les colonnes de la presse spécialisée.
En dépit de sa renommée internationale, HVW8 reste un groupe de peintres underground pour une bonne partie de la population. Comme si les montréalais ne faisaient plus la différence entre un artiste du dimanche et celui qui possède une vraie démarche en s’impliquant aux projets locaux. « On a pas de problèmes d’égo sur ce point. Peu de gens savent vraiment ce qu’on fait, tant pis ou tant mieux, je ne sais pas…Et puis ceux qui sont vraiment passionnés par l’art urbain finiront toujours par nous trouver »
Aout 2007
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