Samuel Fosso quand la photographie supplante l’art dramatique

La M.A.C de Créteil prend des allures de pamphlet révolutionnaire en ce début d’année. Samuel Fosso, artiste et portraitiste camerounais expose 30 ans d’autoportraits, dans lesquels il met en scène sa propre personne pour réincarner les icônes des indépendances africaines, du mouvement des droits civiques américains ou de la culture des deux. Patrice Lumumba, Mohamed Ali, Angela Davis, Tommie Smith, Leopold Sedar Senghor… tous sont au Panthéon du photographe pour un projet aux frontières de la photo et la direction d’acteur.

La difficulté dans un tel travail est de s’approprier son personnage. Et quel personnage ! Comment paraître plus Mandela que Nelson lui-même ? Fosso s’est placé comme un acteur en plein training avec un challenge bien plus compliqué : Faire vivre un instant figé. Aucun jeu de scène tout juste une émotion et une posture à transcrire le temps d’un flash. Fosso explique “Comme dans toutes mes oeuvres, je suis à la fois le personnage et le metteur en scène. Je ne me mets pas moi-même dans les photographies: mon travail est basé sur des situations spécifiques et des personnages avec qui je suis familier, des choses que je désire, que j’élabore dans mon imagination et, qu’ensuite j’interprète. J’emprunte une identité. Pour y réussir, je me plonge dans l’état physique et mental nécessaire. Une façon d‘échapper à moi- même ».

On a rarement vu, un photographe s’impliquer de la sorte. Fosso, lui, n’hésite pas, en faisant appel à un brin de narcissisme, beaucoup d’africanité et une part d’empathie. Pour lui, ce qui pourrait paraître comme une épreuve sonne comme un challenge sur sa propre vie d’africain. « Grâce à eux, je ne suis plus un sous-homme. Je suis libre ! […] je me devais donc de rendre hommage à ceux qui ont fait ma liberté […] et je peux développer mon pays avec les moyens qui sont les miens » (propos recueillis par Africultures).

En digne héritier de Seydou Keita (il a aussi réincarné, le célèbre photographe malien), Fosso donne un nouveau souffle à la photographie contemporaine et participe à la nouvelle vague de la photo africaine. Quatorze portraits, inspirés des clichés les plus célèbres de ces icônes, à (re)découvrir. L’occasion pour les jeunes professionnels des arts du spectacle d’étudier l’interprétation et l’introspection d’une manière bien moins conventionnelle qu’à l’école ou au Conservatoire.

 



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