
Qui aurait cru qu’une association de gamins deviendrait un des symboles de la street culture mondiale ?
Rock Steady Crew ou le groupe de danse qui a traversé les temps et bravé les modes, fête aujourd’hui ses 30 ans. Trois décennies pendant lesquelles, le groupe a connu multiples mutations tant dans le renouvellement des générations que dans l’évolution artistique du groupe. Au delà de sa longévité, le RSC reste le groupe qui a tenu sa ligne de conduite en ajoutant au leitmotiv « Peace, Unity, Love and Having Fun » le « Represent » qui fait que tous les membres du groupe se sentent, respirent, vivent et respectent les trois lettres. Sans doute se trouve là, la clé de leur réussite. Focus sur cette semaine de « conscious » festivités entre conférences, battles, workshops, soirées et concerts.
30 ans, c’est l’âge mûr, celui où l’on est en pleine possession de ses moyens. Ni trop jeune et pas encore vieux pour être has been. En bref, le bon moment pour enseigner son savoir et continuer sa route pour de longues et belles années à venir. 30 ans et pourtant, il semble manquer des membres à l’appel. Outre le fait que Pop Master Fabel pointe absent pour raisons professionnelles et Mr Wiggles pour raison familiales, les b-boys qui font la scène du break dans le monde n’ont pas fait le déplacement en masse et c’est bien dommage. La dernière génération du RSC est en revanche bien présente comme un bon exemple pour le jeune public venu timidement. Smerk le protégé de Crazy Legs, Renegade ou Jeskilz les plus américaines des françaises, sont devenus les jambes du RSC tandis que les anciens enseignent leur savoir sur des coins de tables ou au détour d’un cercle improvisé. « C’est une fierté de porter les couleurs du Rock Steady. C’est un signe de confiance que de nous introniser membre du Crew. On véhicule l’image du crew donc on ne peut pas faire n’importe quoi. » nous confie Jeskilz. Pour Crazy Legs, il s’agit de passer le témoin « c’est important de transmettre aux jeunes, il n’y a que comme ça que le Rock Steady perdurera. Si on a tenu aussi longtemps c’est parce que les générations se sont renouvelées. Je ne dis pas que je vais laisser ma place ou arrêter le b-boying (rires) mais je vais continuer d’enseigner l’esprit RSC, et ça passe aussi par ses jeunes recrues ». L’esprit RSC, c’est aussi savoir retourner sa casquette et remonter ses manches pour animer les battles, diriger les workshops et conférences, contrôler le bon déroulement des évènements et parfois même vendre les t-shirts souvenir pendant que le reste de l’équipe prend sa pause clope. Hallucinant de voir Mr President vendre des t-shirts comme au marché de Belleville, fidèle aux convictions de base. Rien de tel pour montrer qu’avec humilité, on traverse les temps. Ambiance décontractée et conviviale, les rencontres sont compétitives et sûrement pas agressives. Chacun pourra s’exprimer et gare à celui qui accaparera l’arène, Mr President veille à ce que l’ambiance reste cool jusqu’à rappeler à l’ordre certains b-boys en direct « écoute, ça fait plus de 20 ans qu’on est peace, c’est pas toi qui vas arriver et ruiner tout notre travail. Ou tu restes cool ou tu sors du cercle » ironise Crazy Legs au micro. Rire jaune pour le b-boy qui a bien compris le message, certes un peu scolaire mais on ne peut plus clair. Les b-boys agressifs de battles n’ont pas le droit de séjour ici et c’est tant mieux ! On veut du battle propre sans aucune discrimination. Les filles seront défiées comme des b-girls et non comme des filles qui breakent. Les anciens pourront être menacés par des plus jeunes en toute convivialité. Une certaine façon de voir les choses dans un ensemble sans cloisonner les catégories. « Tout est basé sur l’échange et sur le fait de pousser ses limites. Ce n’est pas de la performance, c’est de l’adrénaline » confie Legs tout en signant 2 posters au passage. Mr President « est là pour nous » ne cesse-t-il de répéter. Tout le monde le sollicite, presse, b-boys, curieux, simples spectateurs ou fans. Malgré ses béquilles suite à un petit accident lors de son workshop, il répond sereinement aux questions et consacre du temps à tout ce monde venu prendre sa leçon d’histoire. Il sort même de temps à autre se poser sur les marches et discuter avec les groupes de jeunes. Disponibilité et écoute seraient-ils les maîtres mots du prosélytisme ? A voir les visages concentrés, buvant les paroles de Master Legs, la formule porte ses fruits. La longue journée de conférence sur le devenir du Hip Hop et l’évolution des cercles vers la scène n’a jamais compté autant d’adeptes.
Plus qu’un anniversaire, les 30 ans du Rock Steady Crew permettent aux jeunes générations de renouer avec l’essence de la culture. Dommage que les médias « officiels » n’aient pas fait le déplacement pour une fois qu’on avait besoin de leur diffusion. Encore une fois, ils ne viendront qu’une fois qu’un Justin Timberlake ou une Madonna ne reprendra les steps des jeunes du ghetto. Allez, on connaît l’histoire…
Plus d’informations sur:
www.juste-debout.com
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